Albums 2001

 

 

Critiques 1999 : Albums 1999 (Ash, Blink 182, Blur, Bush, Clinic, Creed, Feeder, Foo Fighters, Fountains of Wayne, Gomez, Goo Goo Dolls, Idlewild, Live, Mansun, Our Lady Peace, Pavement, Stereophonics, Stone Temple Pilots, Super Furry Animals, Three Colours Red)

Critiques 2000 : Albums 2000 (Clinic, Coldplay, Day One, Doves, Eels, Everclear, Gomez, Green Day, Idlewild, Iron Maiden, JJ72, Llama Farmers, Mansun, Matchbox 20, Muse, Nickelback, Pearl Jam, Placebo, Queens of the Stone Age, Radiohead, The Smashing Pumpkins, Sunna, Three Doors Down, Travis)

 

9,5 / 10 : Terris (Learning to let go) et The Strokes (Is this it)

9 / 10 : My Vitriol (Finelines), Radiohead (Amnesiac) et Muse (Origin of symmetry)

8,5 / 10 : The White Stripes (White blood cells), Feeder (Echo Park) et Crashland (Glued)

8 / 10 : Blink-182 (Take off your pants and jacket), Ash (Free all angels), Travis (The invisible band), Lifehouse (No name face) et Eels (Souljacker)

7,5 / 10 : Crackout (This is really neat), Jimmy Eat World (Bleed American), Clearlake (Lido), Kent (Hagnesta Hill) et Our Lady Peace (Spiritual machines)

7 / 10 : New Order (Get ready), Snow Patrol (When it's all over we still have to clear up), American Hi-Fi (American Hi-Fi), Live (V) et Everclear (Songs from an American movie, vol.2)

6,5 / 10 : Manic Street Preachers (Know your enemy), Weezer (Green album), Grandaddy (The sophtware slump) et Semisonic (All about chemistry)

6 / 10 : Stone Temple Pilots (Shangri-La Dee Da) et Stereophonics (Just enough education to perform)

5,5 / 10 : Alien Ant Farm (Anthology) et Oleander (Unwind)

5 / 10 : Llama Farmers (El toppo) et Wheatus (Wheatus)

 

A suivre : Bush (Golden state) et Nickelback (Silver side up)

  

* BLINK 182 – Take off your pants and jacket – MCA Records

On peut les adorer ou les détester, mais une chose est sûre : depuis la chute de Green Day, Blink-182 est l’icône du punk en cette période de changement de millénaire : ils ont l’air d’adolescents perdus dans le monde adulte, ils se moquent de tous, y compris d’eux-mêmes, leurs vidéos sont hilarantes et un seul des membres (le batteur Travis Barker) peut vraiment revendiquer le statut de musicien.

« Take off your pants and jacket » (tout un programme) reprend les recettes qui avaient fait du précédent effort,  « Enema of the state », un carton planétaire : beaucoup d’énergie, parfois au détriment de la mélodie (‘Reckless abandon’), quelques perles comme ‘First date’ ou ‘The rock show’ qui fonctionnent immédiatement, et d’autres titres marrants (Happy holidays, you bastard’) en forme de marque de fabrique.

Mais l’intérêt de cet album réside aussi et surtout dans l’apparition de morceaux beaucoup mieux travaillés, dans la veine du ‘Adam’s song’ de « Enema of the state » (‘Story of a lonely guy’ et ‘Everytime I look for you’). On trouve même parfois des réflexions intéressantes ( ! ) : (“What stupid poem could fix this home, I’d read it every day“) dans ‘Stay together for the kids’. Tom Delonge peut chanter “Give me one reason why we need to be like them”, il a raison : Blink-182 est un groupe à part, et désormais au sommet de sa catégorie.

Note : 8 / 10

 

* AMERICAN HI-FI – American Hi-Fi – Island Records

Pas de doute, il n’y a pas tromperie sur la marchandise : American Hi-Fi est tout ce qu’il y a de plus…américain. Difficile en effet de passer à côté des références aux Foo Fighters en écoutant ‘Surround’, alors que l’intro de ‘Hi-Fi killer’ est littéralement copiée sur le ‘Drain you’ de Nirvana. Le décor est planté.

La suite de ce debut album ne modifie pas cette première impression, au contraire : American Hi-Fi est un groupe parfaitement formaté pour les college radios, avec des morceaux tels que ‘Flavor of the weak’ (ouah, le jeu de mots !!!) ou ‘I’m a fool’. Les lycéennes américaines rêvent certainement du leader Stacy Jones venant leur chanter ‘Don’t wait for the sun’ à l’oreille, mais AHF est bien meilleur dans les envolées électriques de ‘Scar’ ou de ‘What about today’.

Bref, il y a du bon (‘Safer on the outside’, ‘ Wall of sound’) et du moins bon (‘A bigger mood’, ‘My only enemy’) dans cet opus, mais peut-on attendre autre chose d’un premier album ? American Hi-Fi a posé les bases, il leur reste désormais le plus dur : confirmer et se démarquer de la masse des groupes de pop alternative. Bonne chance à eux.

Note : 7 / 10

 

* CRACKOUT – This is really neat – Virgin Records

Trois Anglais se lançant sur les traces de Green Day ou de Blink-182, voilà qui, sur le papier, peut entrainer la méfiance. Mais dès les premières notes musclées de ‘142’ (« I want you at my feet / This is really neat »), on se rend déjà compte qu’on a ferré un gros poisson.

Il est clair qu’il ne s’agit que punk-rock et de ses rengaines habituelles (‘Breakout’, ‘Empty head’), mais Crackout réussit à y ajouter un petit brin de classe toute britannique. Leur single ‘You dumb fuck’, qui pourrait pourtant ressembler à un vulgaire titre des Presidents of the USA, prend ainsi une toute autre dimension sous la houlette du leader Steven Eagles.

Avec des morceaux solides tels que ‘Joey lost his mind’, ‘Guillotine’ ou ‘Barricaded’ ; et un très beau ‘Fairytale nothing’ qui laisse entrevoir de nombreuses possibilités, quelque part entre Hum et les Smashing Pumpkins, Crackout se place définitivement parmi les révélations punk-rock de l’année. Un outsider à suivre de très près.

Note : 7,5 / 10

 

* ALIEN ANT FARM – Antholgy – Dreamworks Records

En pleine Jacksonmania, oser une reprise du soit-disant “Roi de la pop” constitue sans doute une bonne opération marketing. Vous en rêviez, et avec ‘Smotth criminal’, Alien Ant Farm l’a fait. Heureusement pour eux d’ailleurs, car c’est au final le meilleur morceau de leur second album, pompeusement nommé « Anthology ».

Certes, ‘Movies’ possède une excellent mélodie, ‘Wish’ est un concentré d’energie, ‘Stranded’ n’est pas denué d’intérêt, mais le reste est tout à fait quelconque et presque aussi anonyme que la voix du chanteur, Dryden Mitchell. Alors oui, AAF parvient dans ‘Summer’ à aligner les quatre saisons en deux lignes (« Tried to give you SUMMER, but I’m WINTER / Wish I could make you SPRING, but I FALL so hard »)…Mais ça ne leur donnera pas le Goncourt, pas plus que le tragique ‘Death day’. C’est très lourd et absolument dénué de finesse.

Avec « Anthology », les Américains d’Alien Ant Farm sont sur l’autoroute surchargée des groupes qui préfèrent écraser les cordes de leurs guitares plutôt que de faire du rock, mais au moins ils évitent de sombrer dans la mode du nu-metal, ce qui permet de garder un peu d’espoir pour la suite. Pour l’instant.

Note : 5,5 / 10

 

* THE WHITE STRIPES – White blood cells – XL Records

« White blood cells » est l’album qui a succédé au déjà presque mythique « Is this it » des Strokes dans la rubrique « ce qui nous fait sauter partout comme des baboins » des journalistes de NME. Rien que pour ça, l’effort des White Stripes mérite d’être pris au sérieux.

Comme dans « Is this it », l’influence rétro est très forte dans cet opus. Le duo américain (Jack et Meg White) s’inspire bien sûr des Stones, du moins du début des Stones (‘Hotel Yorba’), des Doors (‘The union forever’) ; mais la gamme est en fait bien plus large : ‘Expecting’ et ses lourds accords simplissimes font immédiatement songer à…Black Sabbath, l’intro de ‘I can’t wait’ rappelle irrésistiblement celle de ‘Something in the way’ de Nirvana…

Bref, on plonge dans « White blood cells » comme on se promènerait dans une confiserie : chaque rayon semble plus attirant que le précédent. C’est absolument charmant, et à la fois un peu désarmant car le style change à chaque morceau, du très acoustique (‘We’re going to be friends’) au très rock‘n’roll (‘Fell in love with a girl’).

Les White Stripes ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils restent dans des sillons bien tracés (‘Dead leaves and the dirty ground’, ‘The same boy you’ve always known’) ; or ils font parfois fausse route (‘Aluminium’, ‘This protector’). « White blood cells » reste un excellent album, peut-être hélas sorti quelques mois trop tard ; l’ouragan Strokes est déjà passé, et les White Stripes souffrent un peu de la comparaison.

Note : 8,5 / 10

 

* LIVE – V – Radioactive Records

V, comme le chiffre romain et non V comme Visiteurs, est…le 5ème album de Live. Ce manque cruel d’imagination pour trouver un titre reflète finalement assez bien l’évolution d’un groupe qui aurait dû faire bien mieux. Depuis « Throwing copper » (1995) et « Secret Samadhi » (1997), les deux meilleurs albums de Live, la bande d’Ed Kowalczyk végète dans une médiocrité caricaturée par le très moyen « The distance to here » (1999).

Au moins, contrairement à ce dernier,  « V » produit par moments (‘Forever may not be long enough’ et surtout ‘Flow’) des essences rock qui ont fait la renommée de ces quatre Américains. ‘Overcome’ est un très émouvant morceau de piano, et même le passage du rappeur Tricky dans ‘Simple creed’ se fait sans trop de perturbations. Mais à nouveau, Live semble ensuite se contenter de bien peu (‘Deep enough’, ‘Transmit your love’), ratant parfois complètement sa cible (que viennent faire ces affreux freestyles hip-hop dans ‘OK ?’ ou ‘Like a soldier’ ??). Compte-tenu de l’actualité internationale, on ne peut même que sourire devant les paroles de ‘The ride’ (« In the East, they can meditate (…) In the West, we think we’re the best (…) You don’t need no money to fly » !!) mais, soyons honnêtes, l’album est sorti aux Etats-Unis avant les attentats du 11 septembre…Sans rancunes, donc.

Ils étaient très doués, ils sont tombés dans la facilité, et maintenant ils rament. Mais ce ne sont pas les premiers, ni les derniers, à avoir pris ce chemin…

Note : 7 / 10

 

* NEW ORDER – Get ready – London Records

Honnêtement, New Order n’évoquait jusqu’ici pour moi qu’un quelconque groupe pop des années 80 et Madchester qu’un jeu-de-mots peu fin. Seulement voilà, Billy Corgan a décidé de participer à l’album du come-back des Anglais, et comme tout fan des feu-Smashing Pumpkins qui se respecte, j’aurais acheté le dernier CD des Destiny’s Child si Corgan y avait fait une apparition.

De fait, Billy Corgan ne chante qu’en duo dans ‘Turn my way’, qui est objectivement, avec l’envoutant ‘Crystal’, le meilleur morceau de l’opus. Pour le reste, « Get ready » alterne entre l’électro-pop (‘Someone like you’, ‘Vicious streak’) et…l’électro-rock (’60 miles an hour’, ‘Rock the shag’) qui n’est pas sans rappeler le Blur du milieu des années 90.

Sans faire un phénoménal retour, New Order réalise toutefois un album très correct, bien que manquant parfois de variété et d’imagination (‘Primitive notion’). « Get ready » n’est certainement pas à la mode, mais New Order, qui l’a été il y a bien longtemps, doit s’en faire autant que Billy Corgan des Destiny’s Child. Enfin, j’espère…

Note : 7 / 10

 

* EELS - Souljacker - Dreamworks Records

Au fil des ans, on pensait que Eels ne se relèverait jamais du succès planétaire de "Beautiful freak" (1996). Les deux albums suivant, "Electro-shock blues", puis "Daisies of the galaxy", avaient certes permis au leader, surnommé E, de chanter sa tristesse, mais il n'y avait là rien pour égaler le célèbre 'Novocaine for the soul'. Et puis, voilà "Souljacker", un incroyable virage à 180° dans la carrière de Eels. Mais un virage diaboliquement réussi.

'Dog-faced boy', avec son intro à la basse, avec E lâchant d'une voix éraillée "You little punks think you own this town", met tout de suite dans l'ambiance. 'Souljacker part I' et 'What is this note ?' rappellent que Eels, il y a cinq ans déjà, avait dans son répertoire des morceaux rock tels que 'Mental'. A côté de ça, "Souljacker" séduit pas ses belles ballades comme 'Woman driving, man sleeping' ou 'Bus-stop boxer'.

Pour le reste, 'That's not really funny' est…drôle ; 'Jungle telegraph' contient des sonorités à la Gorillaz, et dans son ensemble, écouter "Souljacker" est un moment parfaitement délicieux. Sans atteindre des sommets, cet opus est peut-être le meilleur du groupe, et mérite en tous cas à coup sûr sa place dans une bonne CD-thèque. Incroyable mais vrai, Eels est aussi un groupe de rock.

Note : 8 / 10

 

* JIMMY EAT WORLD - Bleed American - Dreamworks Records

Etrange destin que celui de Jimmy Eat World. Le groupe américain a inspiré de nombreux petits groupes, aujourd'hui devenus grands, sans jamais réellement percer eux-mêmes. Résultat, les Américains sortent quasiment dans l'anonymat leur 4ème album, déjà. C'est vrai qu'en écoutant 'The middle', on comprend tout de suite pourquoi JEW est un des groupes favoris de Blink-182, mais comme 'Your house' semble tout droit sorti d'un album de Dinosaur Jr, tout le monde est quitte, finalement.

Le morceau d'ouverture, du même titre que l'opus, est un véritable hymne de rock pur qui lance "Bleed American" sur de très bons rails ("I'm not alone 'cause the TV's on, yeah…") ; et l'émouvant 'My sundown', qui rappelle un peu Idlewild, est un excellent contraste en guise de conclusion. Entre les deux, on saura apprécier 'A praise chorus', bel hommage à Madness, et les très poppy 'If you don't, don't' et 'The authority song'.

Reste que malgré toute l'énergie du leader Jim Adkins, "Bleed American" traîne parfois en longueurs.: 'Hear you me' et 'Cautioners' ont peu d'intérêt, et 'Sweetness', tout juste digne de Wheatus, fait carrément fausse route. Je doute que "Bleed American" soit l'album de la révélation pour Jimmy Eat World. Dommage, car le groupe mérite le détour. Salt sweat sugar on the asphalt…

Note : 7,5 / 10

 

* THE STROKES - Is this it - RCA Records

Les années 70 sont dans l'air du temps. On ressort les vieux survêt' Adidas, la série "That's 70's show" fait un carton…Et "Is this it" vient compléter le tableau. On revient même à la bonne vieille idolation des rock-stars, puisque certains comparent déjà Julian Casablancas, le leader de The Strokes, à Jim Morrison ou à Dieu. Voire aux deux à la fois.

Et pourtant, les cinq New-Yorkais n'ont strictement rien inventé. La batterie simple et efficace ('Barely legal'), la basse omniprésente ('The modern age'), les mélodies imparables ('Someday', 'Trying your luck'), les Who le faisaient déjà à leurs débuts, il y a plus de trente ans, mais cela marche encore, et de façon tout à fait incroyable. Il y a des influences un peu plus modernes comme celles de Pavement ('Is this it', 'Soma') ou d'Iggy Pop ('New-York City cops'), mais l'ensemble est délicieusement et volontairement rétro. Le "Glued" de Crashland était déjà dans ce courant-là, mais The Strokes vont encore plus loin, et avec encore plus de talent. Même la voix de Casablancas, un peu saturée, un peu parasitée, semble sortie tout droit d'un vieux vinyl.

'Last nite' est un petit chef-d'œuvre à lui tout seul. On ne peut pas l'écouter sans taper irrésisitiblement la mesure en même temps que Fab Moretti. On en vient à apprécier les moindres détails de ce debut album : la progression de 'Alone, together', la pause au milieu de 'Hard to explain', les hurlements de 'Take it or leave it'…Pas de doute, c'est du rock n'roll. De l'excellent même. En espérant que si les années 80 reviennent à nouveau à la mode, The Strokes ne tenteront pas une imitation de Depeche Mode sur leur prochain opus…

Note : 9,5 / 10

 

* WHEATUS - Wheatus - Columbia Records

Si Wheatus doit incarner le renouveau du punk-rock, alors le punk-rock est dans de sales draps. Il ne suffit pas d'appeler ses morceaux 'Punk ass bitch' (si, si, ils l'ont fait) pour espérer déboulonner les modèles du genre tels que Pennywise ou Blink-182, même si, paradoxalement, ce titre est sans doute le meilleur, car le plus basiquement "punk", de ce premier album éponyme et vraiment court (33 minutes).

Le reste de l'opus est très loin du standard qu'est par exemple le "Dookie" de Green Day. 'Teenage dirtbag', pourtant annoncé comme le 'Basket case' des années 2000, lasse en effet très rapidement. 'Truffles' et 'Wannabe gangstar' ne ressemblent pas à grand-chose, sauf peut-être à ce que fait Everclear. 'A little respect' est la chanson la mieux écrite de "Wheatus"…mais c'est une reprise.

Pour couronner le tout, la voix hyper-aigue de Brendan Brown, qui ferait presque passer Brian Molko (de Placebo) pour un imitateur de Barry White, devient insupportable dans 'Hump'em n' dump'em' ou 'Love is a mutt from hell'. Wheatus plaira sans doute aux petits adolescents qui penseront avoir affaire à de la musique de rebelles ; mais au-delà de 15 ans, passez votre chemin, il y a tellement mieux ailleurs.

Note : 5 / 10

 

* STONE TEMPLE PILOTS - Shangri-La Dee Da - Atlantic Records

Depuis que Soundgarden et Nirvana n'enregistrent plus, pour diverses raisons, le moindre morceau et que Pearl Jam a (bien) évolué, les Stone Temple Pilots restent comme les garants d'une recette qui a fait de Seattle la capitale du rock au début des années 90. Hélas, en dix ans, les brillants STP ont perdu de leur superbe et "Shangri-La Dee Da", leur 5ème album, est bien loin du niveau de "Core" ou de "Purple".

D'accord, l'agressif 'Hollywood bitch' et le bien-nommé 'Regeneration' entretiennent l'espoir d'avoir dans cet opus un concentré de rock lourd, musclé et accrocheur, comme à la belle époque. D'ailleurs, 'Long way home' se termine sur un solo qui rappelle le temps où régnait le Slash des Guns'N'Roses. 'Wonderful' est un agréable slow, et le rétro 'Days of the week' est une alternative intéressante. Mais…

Coté lyrique, le leader du groupe, Scott Weiland, est certes désormais moins prolixe sur les bienfaits de la drogue, mais ses morceaux sur son nouveau statut d'homme marié et père de famille ('Hello it's late', 'A song for sleeping') sont d'une niaiserie à vous dégouter à jamais de vouloir femme et enfants. Et que dire des grognements "sauvages" accompagnant 'Bi-polar bear' ? Il ne suffit pas de trouver des titres comme 'Coma' ou 'Black again' pour faire du vrai rock. Aujourd'hui, les Stone Temple Pilots sont battus sur leur propre terrain par les Queens of the Stone Age, par exemple. Parfois, il faut aussi savoir s'arrêter…

Note : 6 / 10

 

 

* MUSE - Origin of symmetry - Naive Records

Leur premier album ("Showbiz") était déjà un incontournable, celui-çi l'est tout autant, voire plus. A ce rythme-là, Muse peut devenir le groupe des années 2000, et chaque mot est pesé. "Origin of symmetry" reprend en fait tous les éléments qui ont permis au groupe de Bellamy de se révéler, mais tout est accentué au centuple.

Les Anglais n'ont jamais autant utilisé le synthé que dans 'Bliss', qui du coup ressemble à ce que rêve d'écrire Grandaddy ; ils n'ont jamais autant martyrisé leur guitare électrique que dans 'Hyper music' ou 'Plug-in baby'. Et quant Muse mélange le tout, cela donne les merveilleux 'New born' ou 'Darkshines'.

'Space dementia' est à la fois…spatial et dément, 'Feeling good' est le morceau le plus coulé de l'album, et c'est le seul que n'a pas composé Matthew Bellamy. Le chanteur se donne parfois des airs de Jim Morrison ("Paradise come at a price that I'm not prepared to pay", extrait de 'Megalomania') et fait par moments fausse route ('Micro cuts'). Et surtout, POURQUOI inspire-t-il aussi bruyamment dans son micro ? D'accord, c'est un petit détail, mais si on y prête vraiment attention, cela agace vite. Pas de quoi remettre en cause toutefois l'insolente réussite de Muse. Chaud devant.

Note : 9 / 10

 

* TRAVIS - The invisible band - Independiente Records

Un an après "The man who", injustement considéré par les médias comme l'album pop de l'année, il aurait certes été amusant de souligner que Travis avait vite remis les pendules à l'heure en se traitant eux-mêmes de "groupe invisible". Cependant, "The invisible band" est indéniablement réussi, et cette fois il est difficile de nier l'évident talent de la formation anglaise.

D'accord, il n'est question ici que de britpop ('Pipe dreams', 'Safe') mais mieux vaut de la bonne pop que du mauvais rock alternatif, et Travis livre dans cet opus d'excellents passages ('Sing', 'Slide'). Les émouvants 'Last train' ou 'Indefinitely' ne sont pas sans rappeler Coldplay, mais l'ambiance générale est beaucoup plus légère que celle de "Parachutes", à entendre 'Flowers in the window' ou 'Follow the light'. S'il fallait absolument une comparaison, ce serait Semisonic, étant entendu que leur "All about chemistry" n'arrive pas à la cheville de "The invisible band".

Bien sûr, Travis n'a rien inventé, et même les paroles ("All I need is you / I just need you", extraites du très bon 'The Humpty Dumpty love song') semblent avoir été "copié/collé" d'un album des Stone Roses ou des Smiths, mais tous les morceaux sont remplis de talent. Travis réussit ainsi l'album poppy de l'année ; voilà qui s'appelle mettre les choses au point.

Note : 8 / 10

 

* RADIOHEAD - Amnesiac - EMI Records

"Amnesiac", dont les morceaux ont été enregistré en même temps que ceux de "Kid A" (2000), est l'album idéal pour mettre tout le monde d'accord. Autant "Kid A" était déroutant, voire parfois pénible et prétentieux, autant "Amnesiac" est absolument fascinant. Le point de comparaison le plus évident est 'Morning bell', qui figure dans les deux albums. Débarassé de tous les attributs électroniques superflus de la version "Kid A", le "remix" 'Morning bell / Amnesiac' est plus pur, plus mélodieux, en un mot meilleur. Quel soulagement.

Si 'Knives out' rappelle terriblement l'ambiance de "OK computer" (1997), on ne peut toutefois vraiment pas dire que ce 5ème opus des gars d'Oxford soit un retour en arrière. Juste une mise au point, en fait. Ici, l'électronique est au service de la mélodie, comme dans 'Like spinning plates' ou 'Packt like sardins in a crushd tin box' ("I'm a reasonable man, get off my case").

Difficile désormais d'oublier Radiohead de la liste des meilleurs groupes de ce début de millénaire, ni de discuter encore de l'immense talent de Thom Yorke, qui parvient aussi bien à dégager de l'émotion ('Pyramid song') que de l'énergie ('Dollars and cents'). On ne négligera pas non plus le passage disco-pop de 'I might be wrong', ni 'You and whose army ?' qui ressemble par moments à un vieil air des Bronsky Beat. Et faire passer un vieil air des Bronsky Beat pour une magnifique ballade moderne, cela tient quasiment du miracle. Ce qui est une bonne définition pour "Amnesiac", après tout.

Note : 9 / 10

 

* WEEZER - Green album - Interscope Records

Santa Monica, le soleil, la mer, les palmiers, les grosses bagnoles avec des jolies filles dedans, voilà l'idée que l'on se fait de la Californie, et Weezer irait définitivement très bien dans cette caricature. Leur 3ème album, vert, est en réalité une compilation de chansons formatés pour les college radios, dont seules quelques-unes parviennent à sortir du lot.

Parmi elles, 'Hash pipe', où l'attaque agressive de la guitare de Brian Bell balance parfaitement la voix exagérément poussée de Rivers Cuomo ; ou encore les doux 'O girlfriend' et 'Island in the sun' ("It makes me feel so fine I can't control my brain"). Pas de quoi crier au génie cependant, même pas quand Weezer alterne entre Ash ('Don't let go'), Semisonic ('Crab') et une sorte de Blink 182 allégé ('Knock-down drag-out').

Le problème majeur, c'est que Weezer a choisi un terrain déjà largement occupé, et ce n'est pas en essayant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel sur leurs pochettes que les Californiens se mettront en avant. Dans le même style, Ash et Feeder ont fait beaucoup mieux cette année, même s'ils ne sont pas de Santa Monica.

Note : 6,5 / 10

 

* CLEARLAKE - Lido - Domino Records

Sans nul doute, cet album est à classer dans la rubrique "Objet Musical Non Identifié". Et évidemment ou presque, les auteurs de ce coup sont anglais. Clearlake réussit ainsi une belle entrée sur une scène délaissée depuis pas mal d'années. Sous un certain angle, on pourrait dire que "Lido" a dix ans de retard, mais, après tout, c'est peut-être aussi ce qui se fera dans dix ans…

Si 'I hang on every word you say' et le synthé mielleux de 'Daybreaking' rappellent indéniablement le "Sophtware slump" de Grandaddy, c'est plutot vers la période "Leisure / Modern life is rubbish" de Blur que ce "debut album" penche ('Something to look forward to', 'Life can be so cruel'). "Lido" est à la fois plus poppy et moins prétentieux que Pulp, alternant à merveille entre le mélancolique 'Sunday evening' et le déjanté 'Let go'.

L'exentricité de Clearlake ne révolutionnera certainement pas le monde devenu trop sérieux de la musique, mais l'utopie de 'I want to live in a dream' ("I don't want to have to worry about little things like money") ou le bon final instrumental de 'Winterlight' sont des moments absolument délicieux à écouter. Détonant et étonnant.

Note : 7,5 / 10

 

* OLEANDER - Unwind - Universal Records

D'un côté, il est rassurant de constater, avec Oleander, que les Etats-Unis ne fournissent pas actuellement que des Limp Bizkit ou autre Linkin Park. D'un autre côté, il est assez inquiétant de savoir qu'Oleander et son médiocre "Unwind" figurent parmi les gros espoirs du moment. En d'autres temps, ils furent sans doute passés complètement dans l'anonymat.

La bande de Thomas Flowers, pour son deuxième album, reprend les mêmes bases lourdes que dans son précédent effort, "February Son" : ainsi 'Yours if you like' ou 'Are you there ?' sont pleins de la guitare sonique de Ric Ivanisevich, et 'Goodbye' sonne comme un vieux titre de Metallica. Mais les Américains ont su alterner ces morceaux avec des titres plus tranquilles, comme 'Halo' ou 'Tightrope', qui ressemble à une ballade des Smashing Pumpkins de l'époque "Mellon Cholie".

OK, ils ont un bon fond, de bonnes intentions, mais Oleander a vraiment du mal à faire sortir "Unwind" du lot. Même si le lot des groupes rock est de plus en plus réduit. Ils font même complètement fausse route sur la fin, avec un 'She's up she's down' que n'aurait pas boudé Matchbox 20. Au rayon révélation rock américain de l'année, Lifehouse n'a pour l'instant toujours pas d'adversaire.

Note : 5,5 / 10

 

* FEEDER - Echo Park - Roadrunner Records

C'est vrai, "Yesterday went too soon" (1999), trop facile et prévisible, était un semi-échec, mais le trio a parfaitement su analyser ses erreurs pour repartir du bon pied. Une remise en question, si rare parmi les groupes rock, qui mérite à elle seule un coup de chapeau. De plus, le 3ème album de Feeder, "Echo Park", est une réelle réussite.

Les Anglais reviennent ici à une diversité totale, qui avait tant manqué dans leur précédent effort. On passe ainsi allègrement de 'Piece by piece', à mi-chemin entre Eels et Gomez, à un 'Under the weather' qui sonne comme Everclear. Mais ce qui marque le plus tout au long de cet opus, c'est le sentiment que la bande de Grant Nicholas n'a jamais osé autant : que ce soit dans le rock alternatif de 'Standing on the edge' ou de 'Bug', ou dans l'insouciance punk ("She's got this friend / His name is…Paula / He likes to cross-dress every Friday night in clothes from Prada") et l'énergie énorme dégagée par 'Buck Rogers' ou 'Seven days in the sun'. La prise de risque est maximale, mais c'est ce qui rend le parfum de cet album si agréable…

L'avenir du groupe s'annonce même radieux, si on se réfère à 'Oxygen' ou surtout à 'Turn', une fabuleuse ballade passionée à la Buffalo Tom. Une chose est sûre : avec "Echo Park", Feeder est (enfin) entré dans la cour des grands.

Note : 8,5 / 10

 

* ASH - Free all angels - Infectious Records

Les années et les albums passent, mais le style de Ash varie à peine. C'est rare de nos jours pour un groupe rock, et c'est finalement assez rassurant. A entendre 'Shark' ou 'World domination', morceaux du 4ème album des Nord-Irlandais, on a du mal à croire que six ans nous séparent déjà de leurs débuts ("Trailer").

"Free all angels" utilise les mêmes recettes que "1977" ou "Nu-clear sounds" : du rock lourd ('Submission', 'Nicole') alterné avec des ballades électriques du plus bel effet ('Shining light', 'Sometimes'). Et toujours ce petit côté adolescent qui rappelle que les membres du groupe n'ont pas 25 ans ("She's a bullet in my head / Pull the trigger and I'm dead", extrait de 'Cherry bomb'). Sinon, 'Someday' sonne comme une douce chanson des Smashing Pumpkins (la voix de Billy Corgan en moins), tandis que les très bons 'Walking barefoot', 'Burn baby burn' et 'Pacific Palisades' témoignent une nouvelle fois des indéniables influences californiennes du groupe.

Finalement, la seule innovation de "Free all angels" est l'introduction du violon (!), une grande première pour Ash. Nouveauté parfaitement maitrisée si on s'en tient à 'There's a star' ; mais le sample de 'Candy' est par contre très pénible à la longue. Au total, la bande de Tim Wheeler aura, sans trop forcer, comblé ses fans avec un album sérieux et agréable à l'écoute. Mais un peu frustrant aussi, car il n'y a jamais la moindre prise de risque, alors que Ash en a largement les possibilités. Excès de facilité ou manque d'inspiration ? La réponse sera dans le 5ème opus.

Note : 8 / 10

 

* SEMISONIC - All about chemistry - MCA Records

Minneapolis n'est pas le cœur musical des Etats-Unis, et d'ailleurs Semisonic n'est absolument pas représentatif de ce qui se fait outre-Atlantique. Il n'empêche qu'après le succès de "Feeling strangely fine" (1998), la bande de Dan Wilson s'est fait tranquillement sa place sur la scène pop.

"All about chemistry" est un album typiquement printannier, léger et insouciant, à l'image de 'One true love' ou surtout de 'Sunshine & Chocolate'. Parfois délicieusement rétro ('Who's stopping you ?'), parfois émouvant ('Surprise'), sans jamais aucune note violente ou mal placée. Quand Semisonic se lâche, cela donne 'Chemistry' ou 'Get a grip', qui ressemblent à des morceaux de Matchbox 20. C'est tout dire.

Ils pourraient être désignés comme les cousins d'Amérique des mielleux groupes de brit-pop, ce qui n'est pas bon signe de nos jours. Mais au moins, le trio n'a pas dévié d'un degré du cap qu'ils s'étaient fixés. "All about chemistry" ne contient toutefois pas d'aussi bons morceaux que le précédent, mis à part peut-être 'She's got my number' et 'I wish', avec leurs deux excellents passages de piano, et on se met vite à regretter 'Closing time'. C'est sérieux et appliqué, destiné à plaire au plus grand nombre, et à ne pas négliger si on veut obtenir une ambiance immédiatement chaleureuse. Pour le reste…

Note : 6,5 / 10

 

* OUR LADY PEACE - Spiritual machines - Columbia Records

Depuis le succès planétaire de 'Superman's dead', Our Lady Peace a été désigné comme le porte-drapeau du rock canadien. Un statut difficile à assumer pour un groupe qui a depuis eu beaucoup de mal à briller. Mais le résultat musical de "Spiritual machines" est largement moins médiocre que sa pochette.

Le 4ème album de la bande de Raine Maida, renforcée par le batteur de Pearl Jam, Matt Cameron, qui apparaît sur deux titres, est définitivement celui de la maturité. OLP réemploie ici les différentes recettes de leurs trois premiers essais : le rock lourd de 'Middle of yesterday' nous ramène en 1994, date du méconnu mais très intéressant "Naveed" ; la pop électrique de 'In repair' ou de 'All my friends' rappelle celle de "Happiness" (1999), alors que 'Right behind you' ou 'Made to heal' auraient très bien pu figurer au programme du fameux "Clumsy" (1997).

Le tout est bien enchainé, et à condition de bien rentrer dans l'univers de ces Canadiens, on finit par apprécier le contrasté 'Life', le puissant 'If you believe' ou le jam planant du guitariste Mike Turner dans 'The wonderful future'. Toutefois, "Spiritual Machines" manque désespéremment d'un titre-référence, même si le délicieux 'Are you sad ?', joué tout en douceur autour de la voix singulière de Maida, vaut assurément le détour. Au final, cet album rejouira les fans de la première heure. Pour les autres, il faudra certainement attendre le prochain 'Superman's dead'. Si il arrive un jour.

Note : 7,5 / 10

 

* STEREOPHONICS - Just enough education to perform - V2 Records

Il y a seulement trois ans, Stereophonics réussissait une superbe entrée sur la scène pop-rock avec leur "Word gets around". Mais le temps fait parfois (souvent ?) mal les choses, et à entendre leur musique d'aujourd'hui, il est difficile d'imaginer que c'est effectivement le même groupe qui jouait à l'époque les renversants 'Looks like Chaplin' ou 'Local boy in the photograph'. Amer constat.

"Just enough education to perform", le 3ème album des Gallois, débute pourtant sur de bonnes bases. 'Vegas two times' marque le retour dans l'arsenal instrumental du groupe de la cinglante guitare électrique qui avait totalement fait défaut à "Performance and cocktails" (1999). Hélas, elle ne fera que passer, puisqu'on ne la retrouvera ensuite que dans le très moyen 'Watch them fly Sundays'…

'Lying in the sun' et 'Mr.Writer' sont deux excellents morceaux semi-acoustiques, où la voix de Kelly Jones, plus cassée et mature que jamais, s'exprime à merveille ("Wish I could fly like everyone…"). Mais ensuite, les Stereophonics se perdent dans des tentatives folk-rock ('Step on my old size nines', 'Caravan holiday') dont seul 'Rooftop' se sort avec les honneurs. 'Have a nice day' ressemble au médiocre 'So why so sad' des Manic Street Preachers, et malgré quelques bons efforts ('Maybe'), l'opus ne décolle pas.

Les Stereophonics ont perdu leur âme. Et la voix seule de Kelly Jones ne suffira pas à les sauver.

Note : 6 / 10

 

* TERRIS - Learning to let go - Blanco y Negro Records

Catapulté en tête de liste des gros espoirs de l'indie rock britannique sur le simple témoignage des quatre titres du maxi "The time is now" (1999), Terris aura donc mis un peu plus d'un an pour sortir son premier album. Mais cela valait vraiment la peine d'attendre. Du début, un orage grondant laissant sa place au rayon de soleil qu'est 'White Gold way', jusqu'à la fin, une magistrale agonie de huit minutes intitulée 'Deliverance', "Learning to let go" est en effet littéralement bluffant.

Ce qu'on ressent tout au long de cet opus, c'est avant tout la passion de Terris pour la musique. On a l'impression que chaque accord, chaque percussion, chaque poussée de basse est finement étudié pour donner le plus beau rendu possible, à l'image de 'Fabricated lunacy' ou de 'Cannibal kids', véritables petits chefs-d'œuvre en puissance. 'Lost October' et 'Midnight sun' sont joués sur un rythme ralenti, comme pour mieux mettre en avant la captivante voix rauque de Gavin Goodwin. Et puis, au milieu de cette mine d'or, quelques grosses pépites, telles que 'Petrol hours' ou 'Vegetable days'.

'Beneath the belt' est le titre le plus étrange de l'album. Il débute comme une sorte de new metal ; puis tout s'arrête et il ne subsiste que Goodwin lâchant un "I'm easely scared, but I'm aware" avant que tout ne recommence, pour se terminer dans de délicieux hurlements. Avec la guitare saturée de 'Bonnie', on croit retouver un semblant de repères, mais trouver des repères dans l'ouragan qu'est "Learning to let go" reste illusoire.

Le son de Terris est unique, presque dangereux car il fait parfois passer la plupart des autres groupes pour de vulgaires marionnettes. "Learning to let go" est un fantastique album, peut-être trop élitiste, ce qui causera sans doute sa perte sur le sol français. Mais pour les vrais fans de rock, c'est une expérience totalement bénéfique.

Note : 9,5 / 10

 

* MANIC STREET PREACHERS - Know your enemy - Epic Records

Ah, les Manic Street Preachers…Des millions de fans dans le monde capitaliste, une maison de disques très "major" (Sony), et pourtant des revendications qui n'ont pas changées d'un pouce depuis leurs débuts punk : Pays de Galles et Cuba libres ! "Know your enemy", leur 6ème album, ne déroge pas à la règle : à entendre 'Let Robinson sing' ou 'Baby Elian', James Bradfield pense toujours que les USA sont le gros méchant loup qui hante le roman du Monde. Sur le fond, on ne peut pas lui donner complètement tort, mais ses attaques sont presque aussi lourdes que celles de Marylin Manson, et c'est ça qui est en fait assez pathétique.

Sur le strict plan de la mélodie, "Know your enemy" se rapproche plus de l'énergique "Everything must go" (l'album-référence des MSP, 1996) que du mielleux "This is my truth tell me yours" (1998). Bonne nouvelle. Le simplissime et très efficace 'Found that soul' en est l'exemple la plus frappant, mais 'The year of purification' et 'Epicentre' sont d'autres excellents morceaux, tout comme les plus doux 'Ocean spray' ou 'His last painting'. On retient également 'Wattsville blues', qui ressemble à une expérience musicale du nouveau Blur, ou encore le surprenant 'Miss Europa Disco Dancer' et sa conclusion ("It's brain dead, motherfucker, it's brain dead…").

Bref, les MSP auraient pu signer un album honnête à défaut d'être renversant. Mais "Know your enemy" et ses seize (!) titres sont trop "pollués" par des rocks sans intérêt ('Intravenous agnostic', 'My Guernica') et des ballades pataudes ('So why so sad', 'Royal correspondent') pour vraiment retenir l'attention. Pourquoi ne pas s'être contenté, comme les autres, de onze ou douze morceaux ? So why, so sad…

Note : 6,5 / 10

 

* SNOW PATROL - When it's all over we still have to clear up - Jeepster Records

Voilà un groupe qui suit son chemin, un chemin qui n'est certes pas celui menant au succès, mais comment pourrait-il en être autrement puisqu'ils ne sont ni Eminem ni Britney Spears ? Les Irlandais de Snow Patrol, trois ans après leur "Songs for polarbears", confirment le fait que l'on peut être talentueux et pourtant complètement inconnus.

"When it's all over we still have to clear up" contient quatorze mélodies tranquilles, qui ne se distinguent pas les unes des autres, ni en bien ni en mal, mis à part peut-être les très bons 'Ask me how I am', 'One night is not enough', ou encore 'Black and blue', la partie la plus rock de l'opus, qui n'est pas sans rappeler les Flaming Lips, un autre groupe qui fait ce qu'il veut sans trop se soucier du reste.

A part ça, Snow Patrol nous abreuve de rythmes répétitifs, entêtants mais jamais ennuyeux ('Never gonna fall in love again', 'Making enemies', 'Make love to me forever'). 'Batten down the hatch' sonne comme un Eels, 'Firelight' ("We won't get much sleep") n'aurait pas juré sur le "Parachutes" de Coldplay. Et puis il y a toujours ces morceaux aux titres incroyables ('Last ever lone gunman', 'An olive grove facing the sea'…).

En somme, un album idéal pour créer une ambiance reposante ou pour faire un break entre deux CD de rock. Pas très original, pas absolument indispensable, mais vraiment charmant.

Note : 7 / 10

 

* MY VITRIOL - Finelines - Infectious Records

Rares sont les albums où chaque morceau sonne juste et bien. "Finelines", le premier album des londoniens de My Vitriol, est pourtant de ceux-là. C'est bruyant, agressif même, et à la fois si clair et agréable. C'est plus contrôlé que Ash, plus vitaminé que Placebo. Bref, c'est absolument incontournable.

Par où commencer ? D'abord par mettre l'aiguille du volume dans le rouge. C'est là où My Vitriol est le plus efficace. Dans 'Pieces', le leader Som Wardner utilise un timbre tranquille, presque romantique, qui contraste terriblement avec les hurlements post-grunge de 'Losing touch'. Et à chaque fois, cela est accompagné avec style par la guitare sonique de Seth Taylor ('Cemented shoes') et par la basse de la belle rousse Carolyn Bannister ('Infantile').

Comment ne pas être également bluffé par la classe de 'Ode to the Red Queen' ou par l'énergique passage instrumental, justement nommé 'Tongue tied' ? Même "l'imitation" des Foo Fighters ('Grounded') est excellente. Même la conclusion à la batterie de 'Under the wheels' est bien trouvée. On restera simplement septique quand à l'intérêt de 'Alpha waves', beaucoup trop long, et de 'c.o.r.', beaucoup trop…pénible.

Et puis, il y a 'Always : your way', un titre qui justifie à lui seul de poursuivre la quête de la réhabilitation du rock. En un seul mot, "Finelines" pourrait être résumer ainsi : maîtrise. Et à condition de ne pas tomber dans l'arrogance, My Vitriol peut devenir plus qu'une révélation : un véritable espoir pour ce peuple qui veut encore croire qu'un jour nos radios et nos amis ne seront plus pollués par tout ce groove et ce rap. Oui, il y a encore, peut-être, un salut.

Note : 9 / 10

 

* CRASHLAND - Glued - Independiente Records

Décidemment, Bristol se présente de plus en plus comme l'heureuse alternative à ce qui se fait à Londres ou Manchester. C'est en effet de cette ville du Sud-Ouest de l'Angleterre que viennent - entre autres - Day One, une des révélations de l'année dernière, et aussi, dans un style très différent, les trois jeunes aux dents longues de Crashland.

"Glued", le premier album du groupe, débute sur d'excellentes bases. 'Modern animal' est un concentré d'énergie pure et racée ("You don't need me / Just like I don't need you") ; et 'New perfume' est un autre exemple de ce que doit être un morceau de rock en ce début de siècle…Mais soudain, tout change : on se sent irrésistiblement plongé dans une ambiance un peu rétro, où les influences du chanteur Alex Troup se font vite sentir : Jagger dans 'Lemonade' et 'Swinger', ou Dylan dans le très intéressant acoustique 'We're on fire'.

Il y a même un passage punk ('Submission') mais pour être honnête, ce n'est pas le meilleur du genre. On préferera nettement l'agressif 'Standard love affair', l'alternatif 'Glued' ou encore l'étrange 'The sun in my eyes'. Au final, Crashland réussit brillament son examen d'entrée : c'est simple, sans prétention et pourtant diablement efficace. Cela ressemble aux fracassants débuts de Supergrass, avant qu'ils ne prennent la grosse tête. Espérons maintenant que les petits gars de Bristol ne tomberont pas dans le même piège…

Note : 8,5 / 10

 

* EVERCLEAR - Songs from an American movie, vol.2 - Capitol Records

C'était donc ça. Le projet "Songs from an American movie", débuté en fin d'année 2000 par la sortie de "Learning how to smile", avait donc une suite, ce second album, sous-titré "Good time for a bad attitude". Pris dans son ensemble, le "double-album" d'Everclear est loin, très loin même de ses devanciers "Use your illusion" des Guns N'Roses, ou bien sûr de l'incontournable "Mellon Collie & The Infinite Sadness" des regrettés Smashing Pumpkins. Mais au moins, ce deuxième volume est nettement meilleur que le premier.

Dans cet opus, Everclear revient au rock épuré, mais pas typiquement californien, de "So much for the afterglow" (1997), comme en témoignent les bons 'Slide' et 'Short blonde hair'. Et si on s'attarde pas sur l'inadmissible 'Babytalk', on ne peut qu'apprécier l'ironique 'Rock star' ou le solide 'Out of my depth'.

Mais l'intérêt principal de l'album réside dans le contraste saisissant entre le tranquille 'The good witch of the North' et les très agressifs 'All fucked up' ou 'Misery whip' ("I'm just an actor / Just like Robert fucking Redford / When I say those stupid words they expect me to say"), sans oublier l'instrumental 'Halloween Americana', qui sonne comme un heavy metal mélodieux des années 80. Everclear n'est jamais allé aussi loin, et ils nous devaient bien ça. Même si on ne peut pas crier au génie, au moins il est clair que les Américains sont de retour sur la bonne voie. Et que le talent d'Art Alexakis est toujours intact. Ouf.

Note : 7 / 10

 

* LIFEHOUSE - No name face - Dreamworks Records

Une voix profonde à la Ed Vedder (de Pearl Jam), des sonorités qui rappellent Our Lady Peace ('Somebody else's song') ou Live ('Quasimodo'). Avec de telles références, les trois Américains de Lifehouse ne pouvaient que réussir leur premier album, "No name face", d'autant que leur single 'Hanging by a moment' est absolument superbe et formaté pour conquérir le monde entier (ou seulement les Etats-Unis ?).

Ceci étant dit, passée la première -excellente- impression, on se met vite à regretter le manque de diversité dans cet opus. De bonnes ballades ('Only one', 'Everything'), des lyriques intéressantes ("If shame had a face I think it would kind of look like me / If it had a home it would be my eyes", extrait de 'Sick cycle carousel'), mais Lifehouse semble trop souvent se contenter de mélodies tranquilles ('Trying') là où on voudrait les voir (ou plutôt les entendre) plus agressifs, à l'image de l'intro de 'Climb and clatter'.

Mais n'éxagerons rien. La diversité, la prise de risques, ce sera certainement pour le prochain album. En attendant, "No name face" est un très bon album de rock américain, et Lifehouse est assurément une grosse révélation dans son genre. A suivre.

Note : 8 / 10

 

 

* LLAMA FARMERS - El toppo - Beggars Banquet Records

Mais où est donc passé l'honnête groupe qui avait sorti, il y a un an seulement, un album de rock ("Dead letter chorus") rempli de bonnes mélodies et de lyriques appliqués, qui rappelaient étrangement Buffalo Tom ? "El toppo" ne parvient jamais à éveiller l'intérêt de l'auditeur, même si celui-çi est tout acquis au départ à la cause des Llama Farmers. Et on glisse sur cet opus comme sur une plaque de verglas les jours d"hiver.

Pourtant, en de rares occasions ('Snow White', 'Movie'), la bande de Bernie Simpson parvient à se raccrocher à ce style modeste mais efficace qui aurait pu devenir leur marque de fabrique. Mais très vite, 'Doggy fudge', 'Same song', et tous ces morceaux faits à la va-vite nous ramènent à la triste réalité, et Rock Sound, qui avait fait de ce groupe un de leurs chouchous, doit aujourd'hui s'arracher les cheveux…On tombe carrément dans le ridicule avec 'Postcards & moonrock' ("Do you remember the time we get drunk and danced to Marvin Gaye ?" !!!). Oh non !

"El Toppo" ressemble à une compilation de B-sides. En se concentrant bien, on reconnaît les Llama Farmers, mais le talent n'y est pas vraiment. Autant garder "Dead letter chorus" en tête, et vite oublier ces deux bottes rouges sur fond bleu.

Note : 5 / 10

 

* KENT - Hagnesta Hill - RCA Records

Dommage pour la France qu'un obscur chanteur de variété ait choisi le même nom. Car ce télescopage patronymique nuit certainement à la réputation de ce groupe suédois qui a conquis en quelques années l'Europe entière…la France mise à part bien entendu.

Cataloguée dès la parution du fameux single 'If you were here' (1998) comme "la pop-rock venue du froid", la musique de Kent n'a toutefois pas de gros signes distinctifs par rapport à ce qui se fait en Grande-Bretagne : les basses omniprésentes, très new-wave, de 'Music non-stop' ou de 'Just like money' rappellent le 'Girls & Boys' de Blur ; 'Revolt III' ("I need a kicking cause I'm fake, and I don't care") a la hargne d'un titre de Placebo ; 'The King is dead' et 'Stay with me' pourraient être tirés d'un best-of de…Suede (hé, hé).

En fait, Kent, grâce à la voix prenante et cosy de son chanteur Joakim Berg (enfin quelque chose qui sonne typiquement suédois !), surfe sur les succès actuels de Muse, Coldplay ou JJ72 ('Stop me June', 'Quiet heart'). Au final, "Hagnesta Hill" est bien plus varié et mieux construit que leur premier effort, "Isola". Rien de révolutionnaire là-dedans, d'accord, mais ça marche vraiment. N'en déplaise à Kent. L'autre.

Note : 7,5 / 10

 

* GRANDADDY - The sophtware slump - V2 Records

Ils ont l'air parfaitement idiots avec leurs barbes de farmers américains, leurs manies de montrer des images d'éolienne tournant sans fin pendant leurs concerts, de martyriser des claviers d'ordinateur dans leurs pochettes de disque et de faire des fautes d'orthographe dans le titre de leur premier album. Mais Grandaddy est un groupe à prendre au second, voire au troisième degré. Et dans l'art de faire de la mélodie sans avoir l'air d'y toucher, ils s'en sortent beaucoup mieux que les Dandy Warhols.

"The sophtware slump" est un album à part, décalé, comme en témoignent les huit minutes du paisible morceau d'ouverture, qui vaut le détour, ne serait-ce que pour son titre ('He's simple, he's dumb, he's the pilot'). 'The crystal lake', 'Chartsengrafs' et 'Broken Household Appliance National Forest' sont construits sur le même principe : un début "classique" puis un délire psychédélique instrumental.

Mais le premier opus de Grandaddy renferme également de simples et bons passages de pop ('Hewlett's daughter', 'So you'll aim towards the sky') qui rappellent un peu Eels ou le Radiohead d'avant "Kid A". Reste que "The sophtware slump", malgré toute la bonne volonté évidente du groupe, ne tient pas la distance. C'est un album qui change un peu de la pop classique, mais qui lasse aussi vite.

Note : 6,5 / 10